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FAMICOM SHOPS - THE GOLDEN ERA

POPS
il y a 2 heures
11 min de lecture

Avec la déferlante "Family Computer" qui a envahi les foyers de l'archipel au milieu des années 80, le marché de l'occasion se structure à son tour autour de cette console en or...car tout ce qu'elle touche se transforme en lingot ou presque. La quasi totalité des magasins gérant la seconde main prennent alors l'appellation de "Famicom Shops", ce qui en dit long sur l'impact qu'a eu la console à l'époque. Le résultat? Un univers riche et varié qui fait définitivement partie du beau patrimoine vidéoludique nippon...mais dont le souvenir continue de disparaître un peu plus tous les ans. Faisons donc un saut dans le temps, direction: l'âge d'or!


Comme vous l'avez constaté sur la photo plus haut, tous les Famicom Shops ont tenté - avec plus ou moins de succès - de développer une identité qui passait généralement par une mascotte et un sticker "d'appropriation" au dos des jeux. Recenser ces stickers nous prendrait un temps infini car même les collectionneurs japonais chevronnés continuent d'en découvrir. Par contre, je vous propose une belle plongée dans l'univers des boites "homemade" que les principaux magasins avaient mis en place pour faciliter la revente des cartouches loose qu'ils reprenaient.


BRUT*...le leader



Si ce nom vous dit quelque chose c'est peut-être que vous avez lu avec attention l'article sur la manette SPM Multicontroller, bravo!


Quelques mots d'histoire: en juillet 1988, BRUT s'émancipe de SPM pour vivre sa vie avec un socle de franchisés aux alentours de Hiroshima. A son apogée, BRUT a compté plus de 400 magasins, ce qui en a fait sans conteste le réseau le plus important de l'époque. Mais dans la foulée de la sortie de la Playstation en décembre 1994 et de l'attaque frontale du marché de l'occasion par Sony qui en a découlé, BRUT fait partie du camp qui opte pour l'acceptation des conditions imposées par Sony en attendant un assouplissement...qui ne viendra pas et le forcera à se déclarer en faillite en 1999. Fin 2002, la plupart des magasins de la franchise avaient mis la clé sous la porte. Fin d'une époque.


Les boites de ces magasins sont de deux sortes. Une première au format "sleeve" qui permettait de reconditionner les cartouches Famicom. A noter les petites encoches pliables astucieuses pour maintenir la cartouche en place, procédé qu'on retrouve chez d'autres magasins. Par la suite, une boite plus élaborée et adaptée au format de la Super Famicom fut déployée avec l'ajout d'une mention "Total Amusement Shop". Sur cette dernière vous apprécierez d'ailleurs au dos le "TITEL" en lieu et place de "TITLE"... L'anglais, cette langue complexe et mystérieuse! :)



Que ce soit sur Famicom ou Super Famicom, l'essentiel des reprises était des cartouches loose. Afin de ne pas pénaliser les nouveaux acheteurs, une photocopie du manuel était donc souvent fournie dans les boites...un peu limite niveau copyright. De même les magasins BRUT - comme les concurrents - avaient développé leur propre système de référencement utilisant notamment un sticker "seal" au dos et un numéro de catalogue.



BRUT fut un des Famicom Shops parmi les plus influents, les plus généreux et les plus à la pointe. Deux exemples:

  1. BRUT avait mis en place une revue mensuelle appelé "BRUT PRESS" via des cassettes VHS qui tournaient en boucle dans tous les magasins de la franchise mais qu'on pouvait aussi emprunter/louer. L'occasion de voir les débuts d'une future actrice qui aura tourné dans quelques navets par la suite: Hondo Ayaka (16 ans à l'époque).

  2. Parmi tous les goodies qu'on peut trouver, une pépite reste le Zippo "BRUT 300" qui avait été distribué en interne pour célébrer le passage du cap impressionnant des 300 magasins dans l'archipel.


FAMICOM HOUSE...le copieur



La franchise "Famicom House" est indissociable de la longue aventure commerciale de la famille Takano qui démarre précisément en 1950 dans le quartier de Koiwa à Tokyo. Depuis maintenant presque 80 ans, ce groupe familial s'est adapté à l'évolution rapide du marché japonais et ce qui était initialement un petit salon de coiffure est devenu au fil du temps un business prospère touchant plusieurs secteurs. Pas étonnant donc de les voir surfer avec succès sur le tsunami Famicom dès 1985 avec l'ouverture de la première boutique. A son apogée, la franchise aura compté une grosse cinquantaine de points de vente au Japon et, si le groupe Takano existe encore, les boutiques ont quant à elles quasiment toutes disparues.


Comme vous êtes de fins observateurs, je devrai maintenant entendre des: "Mais? Mais? Ce logo là...Ca me dit quelque chose!!"...et effectivement un petit gros à moustache qui court de profil vers l'aventure, ça doit forcément vous évoquer un célèbre plombier de Kyoto! C'est d'ailleurs à se demander pourquoi l'ami Nintendo, d'habitude si prompt à dégainer la poursuite judiciaire, s'est bizarrement abstenu de toute action en plagiat. Car soyons honnêtes juste deux minutes, on voit tous Mario en vareuse à col marin avec un bachi sur le crane.


Mais vous voulez connaitre la meilleure avec l'origine du T sur le bachi? C'est parce que cette mascotte porte un nom: TARIO! Subtile fusion de TANAKA et MARIO...enfin c'est ce que la légende raconte :)


Les boites de Famicom House sont sur 3 formats:

  • Le format carton en bas à gauche qui existe aussi en orange pour les jeux Famicom. Ce dernier me fuit d'ailleurs depuis un moment mais je finirai bien par le choper!

  • Le format "snaplock" qui fait un peu penser au format "boite dure" de Sunsoft ou à du mini Neo Geo avant l'heure, ce sont les deux jeux à droite.

  • Le format cassette en haut à gauche qui existe également au format Famicom



Sur tous les formats, on retrouve les copies Noir & Blanc des instructions ainsi que les seals à l’effigie de Tario au dos des cartouches. Les boites dures sont les plus détaillées avec sur la jaquette: la reprise du jeu d'origine, le numéro de référence du jeu et la mention du magasin avec parfois un sticker complémentaire comme celui-ci à gauche qui indiquait un meilleur prix de reprise. Mention spéciale pour l'inscription en relief à l'intérieur qui a de la gueule...et qui nous rappelle d'autres boites...SNK aurait-il copié sur Famicom House?! :)



Dernier petit trésor caché: des flyers promotionnels inutilisés se trouvent parfois dans les boites comme celui ci-dessous découvert dans le format cassette présenté plus haut. Dans le cas présent il s'agissait d'une carte de remise additionnelle d'un montant de 100 JPY pour chaque jeu racheté valable jusqu'au 31/01/1994 (Damn, too late!). A noter également le point #2 des conditions qui pourrait paraître surprenant aujourd'hui mais qui explique sans doute en partie la difficulté de trouver certains jeux complets et en bon état: "le prix de reprise des jeux restera le même qu'ils soient loose ou en boite".

Forcément ça n'encourage pas la conservation!



MOMOTARO...le classieux



La franchise fut lancée en avril 1989 - un peu plus tard que les autres - avec un premier magasin à Iruma City (préfecture de Saitama). À son apogée, le réseau comptait un peu moins de 80 magasins dans tout l'archipel, principalement dans la région du Kanto. La franchise aura bien mieux résisté que d'autres à l'évolution du jeu vidéo mais en janvier 2011, face à la baisse des ventes de jeux vidéo et plus particulièrement en physique, le groupe Run System - propriétaire de la franchise - est contraint de céder une partie des magasins au groupe A2 (qui opère entre autres Surugaya) afin de mieux se concentrer sur l'activité des cybercafés « Jiyū Kūkan! » lui appartenant également. En septembre 2015, rideau! Tous les magasins mettent la clé sous la porte et dans la foulée le premier magasin physique Surugaya ouvre à Takatsuki city (préfecture de Osaka).


Disons le de suite, les boites de chez Momotaro sont parmi les plus désirables! Elles sont juste superbes avec une mascotte qui rappelle évidemment la franchise éponyme et donc qui parle à nos coeurs de - vieux - gamers. La première boite, en rouge intégral, avait un format qui permettait de gérer à la fois les jeux Famicom et Super Famicom.



Par le suite, le modèle va évoluer pas moins de 3 fois mais toujours avec style! La première révision aligne le format sur les dimensions des boites Super Famicom, ce qui a le très gros avantage de pouvoir utiliser des trays en plastique si jamais le carton est en trop mauvais état. Il fait aussi évoluer le logo et intègre le nom en romaji. Sur la seconde révision, la mention "game soft" disparaît au profit de "Famicom Shop". L'agencement change et le fond devient bicolore. Le logo SFC vient se rajouter. La dernière révision - qui est aussi la plus rare - est un peu une fin de cycle avec le changement du logo historique par 3 loustics, la disparition du logo SFC et le changement de la mention en "media create".


Momotarô aura aussi fait évoluer son message assez tôt vers les joueurs (visible au dos des boites) en incitant ces derniers à ramener à minima les instructions (ou une copie) avec la cartouche lors d'une reprise...en échange d'un prix "complet"! Et là on aimerait tous pouvoir rendre un Rockman loose avec une photocopie dégueulasse du manuel au prix d'un CIB! La gestion des instructions était d'ailleurs une affaire prise au sérieux par la franchise puisqu'elle fut une des rares (si ce n'est la seule?) à afficher à l'attention du consommateur clairement le contenu: "Instructions - Yes/Copy" (ci-dessous en bas à gauche)...chez d'autres c'était un peu la surprise Kinder. C'est aussi à ma connaissance le seul magasin qui aura produit des boites pour les jeux N64 (ci-dessous en bas à droite) en reprenant le format de la 2ème révision ci-dessus mais en bleu. Celle-ci non plus est loin d'être évidente à choper...



Allez, une dernière info avec cette magnifique carte de membre de la franchise qui était distribuée dans les années 90 (plutôt 2ème moitié). Très chic en mode black & white et valable évidemment dans tout le réseau. Celle en ma possession vient du magasin de Shin-Tokorozawa (préfecture de Saitama).




WANPAKU KOZÔ...le rebelle



Wanpaku Kozô fut le plus gros concurrent de Brut notamment en terme de réseau. Le premier magasin fut ouvert en avril 1988 à Takamatsu City (préfecture de Kagawa) et a connu un succès fulgurant. Fin 1989, la franchise compte déjà 50 magasins et quelques mois plus tard en février 1990 elle dépassera le seuil de la centaine. En mars 1991, les 200 franchisés sont atteints et les 250 largement dépassés dès mars 1993. A son apogée Wanpaku Kozô se stabilisera aux alentours des 300 boutiques dans l'archipel. En janvier 1999, la franchise tentera même l'aventure overseas en installant "WANPAKU USA" sur la côte ouest des US en Californie...tout juste avant le début du déclin!


En effet les années 2000 auront raison de cette franchise - comme beaucoup d'autres - avec un premier changement de nom début 2000 pour "Wanpaku", une fusion avec le concurrent "TV Media" courant 2005 (dans une logique très "together apes stronger") et une première série de fermeture des magasins dès 2007. La fin fut inévitable avec la reprise et l'intégration complète de la marque dans le groupe GEO (gros concurrent de Hard-off) en avril 2011.


Il y a un fait particulièrement notable dans l'histoire de Wanpaku Kozô. En Avril 1992, la marque est un des membres fondateurs de la puissante association JAG qui regroupe toutes les franchises importantes du secteur dont le concurrent BRUT. Mais l'alliance entre les partenaires se fissure en 1994 avec l'arrivée de la PlayStation et la volonté claire de Sony d'éradiquer pour de bon le marché de l'occasion (bien aidé par quelques gros studios) sous prétexte que ce dernier - trop prospère - représentait un manque à gagner significatif et devait être considéré comme illégal. Hors pour beaucoup, compte-tenu notamment des conditions strictes imposées par Sony et des marges assez faibles, l’activité ne peut être rentable/pérenne sans le marché de l'occasion. La JAG est dissoute fin 1996. Deux camps s'opposent alors:

  • ARTS: la nouvelle association emmenée par Wanpaku Kozô qui entame une fronde contre le géant Sony et les studios complices.

  • ACES: une association concurrente où l'on retrouve BRUT qui décide de ne pas se mêler du conflit en optant pour une posture de soumission et d'acceptation des conditions imposées par Sony...ce qui lui sera fatal.

Il faut bien comprendre que pendant toute la seconde moitié des années 90, entre ces fabricants et les distributeurs frondeurs, ça tire à balles réelles. Les franchisés membres de ARTS font face à des annulations unilatérales des contrats ou encore à des coupes dans les livraisons. Le point culminant est atteint en 1997 avec la sortie du jeu FF7...pour certains la distribution de ce jeu est une question de vie ou de mort (on comprend pourquoi), beaucoup de membres historiques n'ont d'autre choix que de quitter ARTS pour sauver - au moins un temps - leur peau.


Au final, après presque 6 longues années de procédures judiciaires, le tribunal de Tokyo donne en 2002 enfin raison au petit poucet de la distribution ARTS contre l'ogre de la fabrication Sony...et toute sa bande: Square, Capcom, Konami, Namco qui ont tous trempé là-dedans. Hélas le mal était déjà fait et beaucoup de franchises n'ont pas eu le plaisir de savourer pleinement cette victoire. Donc, à ne jamais oublier, si nous pouvons aujourd'hui profiter pleinement du marché retrogaming et flâner avec nostalgie dans les magasins d'occasion à Akihabara, c'est aussi grace à Wanpaku Kozô! #respect


Quid des boites alors? La franchise n'en aura eu au final qu'une seule, son approche du marché de l'occasion étant principalement orientée vers les jeux en loose. Mais elle est plutôt réussie! Format unique surtout orienté vers les jeux Super Famicom avec au dos les deux mascottes officieuses: un garçon avec un petit dragon. A noter que les seals de la franchise au dos des cartouches étaient les seuls connus à mentionner que les jeux avaient bien été testés et étaient fonctionnels.



Si la situation était tendue avec certains fabricants, elle était en revanche au beau fixe avec d'autres au premier rang desquels Nintendo ou Hudson Soft. Avec ce dernier en particulier, la franchise a longtemps eu un partenariat de distribution quasi-exclusif qui permettait à Wanpaku Kozô d'écouler les goodies sous leur propre licence. Pas inutile quand on connait la richesse de l'univers des produits dérivés Hudson!

Voilà un exemple ci-dessous avec un carnet Momotarô...mais il y en a pléthore.




CHAMELEON CLUB...le survivant?



Celui-là, c'est une madeleine de Proust! Vous comprendrez pourquoi à la fin!


En 1986, le magasin historique du nom de "bokkuriya" ouvre ses portes mais ce n'est qu'en 1988, à Tokuyama (préfecture de Yamaguchi), que la franchise "chameleon club" est lancée. Cette dernière fera partie des sept entreprises qui ont formé l'association JAG en 1991 avec Wanpaku Kozô (voir plus haut). Lors du scandale judiciaire autour des jeux d’occasion, Chameleon Club avait initialement décidé de rejoindre le camp qui soutenait (subissait) les fabricants. Mais un peu plus tard en 1997, la franchise rejoint les frondeurs (emmené par ARTS) et remporte une victoire retentissante. En juin 2003, la franchise conclut un partenariat avec le groupe Box qui détient le concurrent Doki Doki mais fait tout de même faillite en mars 2007.


Bien que son nombre de magasins ait considérablement diminué, le Chameleon semble toujours vivant...ici et là quelques magasins refusent de mourir...dernier vestige de l'âge d'or des Famicom Shops?



Les boites de la franchise ont 2 versions. Les plus anciennes, sous la forme de sleeves pour les jeux Famicom, sont les plus jolies avec la présence d'une mascotte officieuse du nom de Leon-kun. La plus connue - mais elles sont toutes compliquées à trouver - est celle ci-dessous de couleur jaune sachant qu'elle existe aussi en bleue et selon certains en vert. On retrouve par ailleurs les mêmes encoches que pour les sleeves de BRUT.




Par la suite, les boites vont évoluer aux couleurs des magasins avec un logo en spirale jaune sur fond vert, format Famicom et Super Famicom avec des inscriptions au dos qui ont eu quelques variantes...toujours sous forme de sleeves.



Et pourquoi une madeleine de Proust comme je vous le disais au tout début? Parce qu'il se trouve que ma DUO RX historique vient précisément de chez Chameleon Club! :) Et pour le plaisir vintage de vos yeux, je vous traduis en intégralité le bordereau d'achat fourni avec car il reprend pas mal d'informations:

  • Produit: PCE DUO RX

  • Garantie: 98662 - 12 mois

  • Club Member number: 2341

  • Date d'achat: 17/10/1994

  • Acheteur : Mr Hirata de Nara City

  • Magasin: Chamelon Club de Shichijo à Kyoto City

J'ai toujours hésité à contacter le premier propriétaire...pas certain que la famille soit encore à la même adresse 30 ans plus tard...ni même que ce dernier soit suffisamment nostalgique et sympa pour me répondre. Mais qui sait?


CONCLUSION

L'univers des Famicom Shops est vraiment fascinant et incroyablement riche. Le nombre de franchises et autres magasins indépendants qui ont fait les heures de gloire du JV dans les année 80/90 font vraiment partie intégrante du patrimoine vidéoludique de la Nipponie. Tristement, ce ne sont plus que les anciens retrogamers biberonnés dans cet atmosphère  qui contribuent à ne pas faire sombrer les Famicom Shops dans l'oubli. Si cette fin semble inéluctable, espérons que ce soit le plus tard possible. Quant à vous, si vous avez l'opportunité d'acquérir une de ces pièces, foncez. C'est une collection qui peut prendre un peu de temps et d'énergie mais qui reste cheap...et c'est assez rare de nos jours!


En cadeau, quelques photos supplémentaires de boites et goodies d'autres boutiques qui auraient toute méritées un article! Si jamais vous avez des questions, n'hésitez pas.



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